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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 22:24

Sollicité régulièrement par les demandes de lycéens ou d'étudiants désireux de devenir trader (opérateur de marché en Français), y compris parmi les étudiants de la classe prépa ENS Spé, il m'a semblé opportun de consacrer un billet aux questions d'orientation dans le domaine de la finance de marché. Mon intention est triple :

 

1- ôter toute ambiguïté à l'expression "faire de la finance";

2 - lever les illusions de nombre de prétendants qui ne soupçonnent pas les difficultés du parcours;

3- proposer quelques perspectives professionnelles inattendues dans la finance... publique.

 

 

B-B.jpg

 

Mais selon la formule consacrée, ces écrits, moins impartiaux que d'ordinaire sur ce bloc-note électronique, n'engagent que leur auteur.

 

  1- Beaucoup me confient leur désir de "faire de la finance" sans avoir une idée claire de ce que recouvre cette expression. De manière assez paradoxale, la crise financière de 2008~2009 qui a conduit le public à vilipender les banques et les financiers, loin de détourner les élèves de ces secteurs, semble au contraire avoir suscité de nouvelles vocations. Si le critère pécuniaire prend une place non négligeable dans l'argumentation des étudiants, j'ai le sentiment que le goût du risque justifie également cet engouement. Les opérateurs de marché sont-ils les pilotes de l'aéropostale du siècle nouveau ?  Je laisse chacun libre de répondre à cette question.

 

 Quoi qu'il en soit, quand "on fait de la finance", c'est au titre de :

 

    - Trader (opérateur de marché), spécialisés par desk (produit financier, matière première ou secteur d'activité) et par fonction (spéculation, arbitrage, couverture -hedging-)

 

    - Broker (courtier) : négociant financier agissant généralement pour le compte d'un trader.

 

    - Market Maker (faiseur de marché) : commissaire priseur walrasien favorisant l'établissement d'un prix d'équilibre sur les marchés insuffisamment liquides .

 

    - Salesman ou Sales-trader (Vendeur négociateur) : vendeur de produits ou d'instruments financiers auprès de la clientèle des banques.

 

    - Financial analyst (analyste financier) : spéciliaste de l'examen des comptes des entreprises rédigeant des rapports pour le compte des traders ou des médias dédiés à la finance.

 

    - Portfolio manager (gestionnaire de portefeuille financier) : employé de banque contrôlant la rentabilité d'un portefeuille, sa diversification et réalisant les opérations courantes de gestion.

 

    - Cambist (cambiste) : sépculateur sur le marché des changes.

 

   - Opérateur de middle-office (opérateur réalisant le suivi de marché) : personne contrôlant la régularité des opérations réalisées par le front-office (au sein duquel travaillent les traders)

 

   - Opérateur de back-office (opérateur de service d'appui) : personne dont la fonction est essentiellement comptable, puisqu'il s'agit de donner les ordres de paiement, enregistrer les flux, facturer les commissions...

 

    Et il s'agit là d'une simplification de la réalité professionnelle... N'hésitez pas à demander d'éventuelles précisions en commentaires.

 

2- Peur ceux qui persistent à vouloir devenir trader ou broker, spécifiquement, disons d'emblée qu'en dépit du nombre de formations supérieures spécialisées dans la finance, très peu mènent leurs étudiants jusqu'à ces postes si convoités.

 

En France, les recruteurs demeurent très attachés aux diplômes étiquetés "grandes écoles" (Polytechnique, ENS, ENSAE, Centrale, HEC, ESCP principalement) ; les Masters de l'université Paris Dauphine constituent également une référence sérieuse. Si vous n'avez pas un baccalauréat général ou que vous n'êtes pas un ancien élève de l'un de ces établissements prestigieux, le défi n'est pas insurmontable mais il est... épique. Consolez-vous cependant en vous disant que les autres métiers de la finance recensés plus haut sont tout de même à votre portée (tout en étant moins rémunérateurs il est vrai.)

 

A l'étranger, c'est-à-dire sur les places financières internationales que sont principalement Chicago, New York, Londres, Francfort et Tokyo, le diplôme sera un peu moins déterminant, mais vos recruteurs s'assureront tout de même que votre niveau en mathématiques est suffisant. (Recrutement en anglais, of course!)  Les expressions : distribution de probabilité, équations différentielles, chocs stochastiques, mouvements browniens, value at risk, MEDAF par exemple ne doivent pas vous faire peur. Quant à la concurrence, elle sera impitoyable. [Lorsque la Deutsche Bank reçoit des dossiers de candidature, les aspirants qui ne téléphonent pas pour s'assurer de la bonne réception du dossier ou pour confirmer leur intérêt, ne sont pas mêmes convoqués. Leur dossier part illico à la poubelle. Telle est la première étape à franchir dans le long processus de recrutement établi par cette banque de renom. Certes, il suffit de le savoir... encore faut-il le savoir.] Ceux qui auront déjà travaillé dans les départements financiers des banques, des compagnies d'assurance ou des grandes entreprises auront évidemment de sérieux atouts à faire valoir par la suite.

 

Vous avez passé avec succès la petite dizaine d'entretiens individuels et collectifs ? Il vous faudra à présent montrer quelque temps votre dexterité en tant que market maker et réussir du premier coup un examen en droit de la finance (en anglais, again) qui vise à vous initier au droit des délits d'initiés justement !

 

3- Ce dernier paragraphe s'adresse à ceux qui aiment la finance de marché et d'entreprise, mais doutent de l'utilité sociale d'une telle profession ou se sentent investis d'une mission de défenseur du service public.

 

Je vous encourage alors à regarder du côté des concours de la Banque de France (adjoint de direction et rédacteur) ou de ceux de la Caisse des dépôts. Dans le premier cas, vous pouvez assumer des tâches diverses : analyse de la conjoncture, des risques associés aux instruments financiers, des risques systémiques et bancaires, conseils aux entreprises en difficultés... Dans le deuxième, vous mettez les mains dans le camboui financier, au nom toutefois de la gestion active de la dette publique française : emprunts obligataires, titrisation et échanges de taux (swap) n'auront alors plus de secrets pour vous.

 

  Puissent ces dernières lignes susciter quelques vocations.

 

 

PS : En photographie, l'ours (Bear, symbole de la baisse des cours) et le taureau (Bull, symbole de la hausse des cours) qui se confrontent devant la bourse de Francfort. 

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Benjamin Royannez - dans Economie
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  • : Prépa ENS Spé du lycée La Martinière Duchère à Lyon. Formation publique en 1 an post bac+2, préparant aux concours administratifs, aux concours des écoles de commerce (admission niveau master) et à l'Ecole Normale Supérieure.
  • : Ce bloc-note électronique vise à accroître la notoriété de cette classe prépa. Il ouvre un espace d'échange entre les anciens élèves, les étudiants en cours de formation et l'équipe pédagogique. Il se donne également pour objectif d'éclairer les uns et les autres quant aux perspectives de concours qui s'offrent à eux.
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