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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 13:58

 

Les oraux des concours sont souvent vécus par les étudiants comme la conclusion logique d'une année intensive en classe préparatoire. Pour certains, en dépit de la pression et de l'anxiété, il s'agit même d'une délivrance.

 

À peine sont-ils sortis de la salle d'épreuve, quelques étudiants ont la gentillesse de partager leurs impressions. J'ai dégagé dans les courriels adressés à l'équipe pédagogique de la classe préparatoire diverses citations qui permettront aux promotions suivantes de mieux appréhender certaines difficultés, de goûter par avance à l'ambiance des concours des écoles de commerce.

 

Pour préserver l'anonymat des anciens élèves, nous ne ferons apparaître que la première lettre de leur prénom après chaque citation. Ce billet pourra sembler un peu décousu. Il faut le lire comme un inventaire à la Prévert et ne pas tant rechercher une logique qu'une atmosphère générale. Bonne lecture.

 

 

"Le prof m'a dit qu'il savait que j'allais réussir (...) et que je lui ressemblait beaucoup lorsqu'il avait 20 ans. L'entretien a été agréable ... mais je me méfie", écrit prudemment C après son oral à l'ESC Dijon... qu'elle a finalement intégrée. M nous confie, au lendemain de l'entretien à l'EM Lyon, qu'il "y croit un peu", mais qu'il "ne pense pas avoir pu se démarquer". Pour Y en revanche, il n'y a aucune illusion à avoir après l'oral de l'ESC Grenoble : "L'entretien fut plat et ennuyeux, autant pour le jury que pour moi. Il était tard et ils ont baillé à tour de rôle pendant 30 minutes."

 

Si l'échec est toujours vécu comme une certitude, le suc cès ds1.jpgdemeurera incertain tant que les résultats ne seront pas connus. C'est au fond ce qui est le plus désagréable dans les concours : il faut accepter l'incertitude. 

 

Au terme de ses oraux, A nous adresse d'ailleurs cette phrase de Winston Churchill : "Le succès, c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme." A est aujourd'hui à l'ESC Rennes et n'a donc pas échoué comme il le  pensait avant de connaître les résultats définitifs. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a jamais perdu son enthousiasme, en dépit d'une permière expérience désastreuse à Dijon. Il la résume laconiquement en nous envoyant le soir même un courriel: "Premier oral, première déception." Cette citation de Winston Churchill, il la commente à présent en ces termes et la dédicace aux étudiants de prépa ENS Spé : "Je pense que vos futurs élèves doivent assimiler l'échec constructif pour avancer, dans la mesure où il y a eu cette année de nombreux doutes... J'espère qu'un jour, vous arriverez à glisser cette citation pour motiver la nouvelle promotion... et pourquoi pas en faire un sujet de khôlle!"

 

Il faut en effet un peu de courage pour se confronter à des membres du jury plus ou moins bienveillants, mais l'on tire de cette aventure intellectuelle une forme de satisfaction personnelle. Comme l'écrit Y aujourd'hui à Bordeaux EM : "je suis content d'avoir vécu cette expérience."

 

Pourtant, Y aussi n'a pas eu que des réjouissances lors des concours. Ainsi relate-t-il son entretien à Euromed : "L'entretien ne s'est pas déroulé comme prévu. J'ai eu 10 minutes de retard à la suite d'une mauvaise lecture de ma convocation et le jury s'est montré très sévère à mon égard." Il le sont parfois. Dans tous les cas, ne vous montrez jamais agressifs. Faites plutôt  comme C qui, attaquée sur sa fausse modestie, nous avoue plus tard " j'ai gardé mon sourire, même si, au fond de moi, j'avais juste envie de lui dire que c'était un abruti." Les membres du jury vous poussent parfois dans vos retranchements, cherchent à vous déstabiliser, ils peuvent vous couper la parole ou dénigrer votre propos. Leur démarche est délibérée, pas nécessairement malveillante. Il est légitime en effet qu'ils apprécient votre capacité à faire face à une situation de crise ou qu'ils essaient de voir comment vous réagissez à la pression. En voici deux illustrations, tirées des courriels d'A et de M:

 

" La responsable des stages a osé me dire que Robert Rodriguez (qui était mentionné dans mon CV, dans mes goûts cinématographiques) était un petit réalisateur et qu'elle ne le connaissait pas. Lorsque j'ai voulu lui dire qui il était, elle m'a interrompu -je ne vous ai pas demandé, donc passons!".

 

"Qu'est-ce qui vous indigne, me demande l'un des membres du jury à Reims. J'ai répondu, très banalement, l'inégalité des chances. Puis j'ai un peu développé. Ils m'ont fait remarqué que ma réponse était très bateau."

 

Dans l'ensemble cependant, le jury est plutôt désireux de vous connaître, ouvert à vos idées; les élèves de l'école se montrent accueillants et réconfortants. Ainsi, C remarque à l'issue de son entretien à Télécom Management : "J'ai eu des questions basiques. Pourriez-vous vous présenter rapidement? Qu'est-ce qu'un bon manager pour vous? Pourquoi choisir Télécom Management? Après, chaque jury a son fonctionnement. Le mien était très agréable, ce qui est déstabilisant en un sens, car je m'attends chaque fois à un jury méchant." De même, précise-t-elle après l'oral de l'ESC Montpellier que "l'accueil a été parfait. Une très bonne prise en charge. Toutes les personnes étaient à notre écoute. (...) Ce n'était pas juste une récitation pour les anciens élèves, ils semblaient vraiment heureux d'être dans cette école."

 

 

Etrangement, alors que les épreuves écrites sont très formelles, il semble que les meilleurs oraux en écoles de commerce soient ceux qui permettent au candidat de rompre avec le formalisme du concours pour engager une conversation en apparence plus libre (car il ne faut pas pour autant déstructurer le propos et tomber dans la discussion badine digne du café du commerce.)

 

 M. raconte ainsi son interview à l'ESC Grenoble :

 

"Je n'avais pas préparé de questions-type et j'ai décidé rapidement de ne pas partir sur les conclusions de mon exposé (qui portait sur les agences de notation). Lors de sa présentation,  l'un des membres du jury m'a expliqué qu'une partie de son travail était de donner des cours de théâtre. J'ai trouvé ça intéressant. Du coup, je lui ai demandé de m'en dire un peu plus à ce sujet. Il m'a expliqué que le théatre était un moyen de développer les compétences relationnelles des étudiants. Je ne connais rien au théâtre; j'ai décidé pourtant de poursuire sur ce terrain. Il m'a confié que le théâtre n'était pas réellement sa passion et qu'il aurait mieux aimé travailler dans le cinéma. Une belle perche, que j'ai saisie. La conversation s'est orientée ensuite sur les moyens permettant de concilier le travail et les passions personnelles. J'ai fini par conclure (...) en disant que je partageais son point de vue sur la nécessité de concilier travail et épanouissement personnel. J'avais finalement choisi de ne pas prendre de notes pendant l'interview, ce qui s'est avéré judicieux. L'interview a pris la forme d'une discussion et ma synthèse, improvisée, était alors plus vivante tout en étant moins exhaustive."

 

ds2.jpg

Ainsi, plus l'épreuve s'apparente une conversation informelle et fluide tout en abordant des idées non superficielles, plus vous avez une chance d'emporter la conviction du jury.

 

Le ton paraîtra plus sincère, le propos plus authentique. Y remarque ainsi que, pour son dernier entretien, à Bordeaux, il n'a pas hésité à se dévoiler : "J’ai joué la carte de la franchise la plus totale, je me suis mis en difficulté en abordant des sujets et des aspects de ma personnalité qui me desservent. Cette prise de risque et cette sincérité ont joué en ma faveur, j’avais envie de m’ouvrir à eux. (...) Je leur ai dit par exemple que mon costume provenait d’Emmaüs et nous avons beaucoup parlé de cette organisation et de l’abbé Pierre."

 

De manière générale, les jurys en école de commerce veulent cerner votre personnailité, déceler votre potentiel. Ils attendent que vous leur fassiez part de votre expérience de vos passions. Il leur appartiendra ensuite de jeter des ponts entre vos centres d'intérêt et le management.  

 

M pratique la voile.  Il est parvenu à introduire ce thème qu'il maîtrise bien. "Le jury m'a demandé quel point je voulais aborder. J'ai répondu que je souhaitais parler de mon expérience de voile. Aussitôt, l'un des membres du jury m'a posé plusieurs questions : comment gérer les situations de peur, de découragement...Quel parallèle faites-vous entre une tempête sur un bateau et le management?"

 

Il y aura peu de questions techniques ou relevant de la culture générale (c'est moins vrai dans les écoles dites "Parisiennes"). Toutefois, il vaut mieux être au fait de l'actualité artistique, politique et économique du semestre qui précède les épreuves. M, encore une fois, s'est vu poser des questions délicates sur la crise du marché des subprimes à l'EM Lyon, les agences de notation à l'ESC Grenoble ou sur les déficits jumeaux aux Etats-Unis à l'EM Strasbourg.  De même, nous avons vu qu'il lui a été demandé "ce qui l'indignait", quelques mois après la parution de l'ouvrage de Stéphane Hessel...

 

Quand vous prds3.jpgésentez une école de commerce, il peut être utile d'avoir en tête quelques grandes théories de stratégie, de management, de finance d'entreprise ou de mercatique. La plupart du temps, vous ne serez interrogé que sur le domaine de la gestion sur lequel porte votre projet professionnel. Vous annoncez que vous désirez devenir directeur des ressources humaines, faites l'acquisition d'un petit ouvrage consacré à ce thème (collection Repères ou Que sais-je? par exemple). Cela nécessite un travail préalable, car il faut pouvoir être crédible et parvenir à se démarquer, ce que n'a pas su faire ici M, toujours à l'EM Lyon : "Est ensuite venu le temps de parler de mon projet professionnel. Je leur ai expliqué que je voulais (...) intégrer un cabinet de conseil. Ils ont un peu creuser en me demandant des noms de cabinets (...) français; je n'en connaissais pas. (...) Il m'ont aussi demandé quel était mon auteur préféré dans le domaine de la stratégie... J'ai bien senti leur déception quand je leur ai parlé de Porter et du modèle des cinq forces!"

 

Vous le constatez, les conversations peuvent prendre des cheminements inattendus. Tout ce qui figure sur votre CV est propice à une association d'idées: ce peut être un nom de rue, un code postal, une ville étrangère...  Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Il vous incombe donc de ne pas tendre des bâtons pour vous faire battre... mais bien des perches pour vous hisser plus haut dans le classement. Dans tous les cas, comme le souligne C , "le temps passe à une vitesse folle!"

 

 

PS : D'autres étudiants de la classe préparatoire ENS Spé ont évoqué plus particulièrement les épreuves d'entretien collectif à l'EM Strasbourg et à l'ESC Rennes. Ce fera l'objet d'un prochain billet qui sera accompagné de différents conseils méthodologiques.

 

 


 

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  • : Prépa ENS Spé du lycée La Martinière Duchère à Lyon. Formation publique en 1 an post bac+2, préparant aux concours administratifs, aux concours des écoles de commerce (admission niveau master) et à l'Ecole Normale Supérieure.
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