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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 21:11

Audencia, dans son concours d'admission en niveau Master, propose aux candidats une épreuve singulière: l'analyse de situation. Cette épreuve de 45 minutes fait appel aux talents argumentatifs des candidats, à leur aptitude rédactionnelle, leur créativité, et nécessite de leur part une veille des grands thèmes de l'actualité des six mois précédant le concours.

 

A l'occasion du premier concours blanc, les élèves de classe préparatoire ENS Spé du lycée La Martinière duchère ont été confrontés au sujet suivant : "Faut-il renoncer au nucléaire?"

 

 

Dans quels pièges fallait-il éviter de tomber? D'une part, il ne fallait pas considérer que le sujet ne portait que sur le cas français (le candidat doit toujours témoigner d'une ouverture d'esprit), d'autre part, obnubilé par l'actualité de 2011, il ne devait pas s'en tenir au nucléaire civil (ou à défaut, mentionner en introduction qu'il a bien vu qu'un tel sujet pouvait aussi être traité sous l'angle des politiques de défense.) Pour ne pas être trop plat, il lui appartenait de mentionner si possible des chiffres, des noms propres, des dates, qui crédibilise son propos. Il est également possible de mentionner très succintement quelques travaux théoriques sans adopter pour autant un ton docte. D'ailleurs, vous verreez que nous n'avons pas hésité à employer le pronom personnel "je" afin de marteler notre thèse, de montrer que le candidat a des convictions et qu'il les défend avec ardeur. Le pronom indéfini "on" est à éviter, car il est inutile de s'effacer, au contraire. Attention toutefois à ne pas vous montrer présomptueux.

 

Le corrigé ci-dessous exprime une position tranchée. Elle ne doit être considérée qu'à travers un prisme méthodologique et ne préjuge en rien des opinions réelles de leur auteur. Des arguments opposés pourraient satisfaire tout autant les membres du jury : ce qui compte c'est votre force de conviction.

 

Le lecteur identifiera dans la proposition de corrigé ci-dessous :

 

   - une introduction (où la thèse défendue -en bleu- est clairement énoncée et laisse entrevoir la structure générale de l'argumentaire).

   - 5 paragraphes courts tous structurés autour d'un argument -en vert-

   - une conclusion brève où la thèse, reformulée, est martelée -en bleu-.

 

 

nukcent

 

 

    800 éoliennes off-shore de 4,5MW de puissance sont nécessaires pour produire autant d'énergie électrique qu'une centrale nucléaire moyenne sur une année. Cette seule comparaison pourrait mettre à mal les énergies renouvelables face au nucléaire, fleuron des industries françaises exportatrices. Mais la question du nucléaire, appréhendée différemment en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient, ne doit pas être réduite à des considérations économiques, il faut aussi l'aborder au travers du prisme militaire et environnemental. De même, les enjeux ne seront pas nécessairement les mêmes selon qu'on considère la fission ou la fusion nucléaire (technologie EPR). Ma thèse est la suivante : s'il est judicieux d'opérer en Europe une transition progressive vers les énergies renouvelables en matière civile, il serait sans doute prématuré de renoncer à l'armement nucléaire, gage de la sécurité collective des Etats membres de l'Union Européenne et de leur autorité sur la scène internationale.

                                                                                  *

    Le nucléaire civil dont les rendements élevés sont susceptibles de satisfaire l'évolution exponentielle des besoins énergétiques des pays émergents (notamment l'Inde qui a prévu de commander 6 réacteurs à la France en 2010) est toutefois décrié en Europe. Ces contestations, qui ont conduit le gouvernement Schröder à annoncer en 2000 le retrait du nucléaire en Allemagne, se sont amplifiées à la suite de l'accident de Fukushima au Japon en mars 2011.

    Le premier argument avancé à l'encontre du nucléaire civil est l'incapacité des gouvernements à maîtriser l'ensemble des risques susceptibles de mettre en péril la santé des personnes habitants à proximité d'une centrale ou l'environnement soumis à de trop hautes doses de radiation d'uranium ou de plutonium. Cet argument me semble valable compte tenu de la multiplication des cancers de la glande thyroïde à la suite de l'accident de Tchernobyl en Ukraine. Le risque n'étant pas nul et les dommages suffisamment graves pour l'homme, l'abandon progressif  du nucléaire civil me semble compatible avec une interprétation stricte du principe de précaution tel qu'il est énoncé à l'article 5 de la Charte de l'environnement.

    Le deuxième argument avancé est celui de la gestion incertaine des déchets radioactifs. Certes, une part du minerai fissible peut être recycler pour constituer le MOX, mais ce processus ne peut être renouvelé qu'un nombre limité de fois. 20000M3 de déchets  par an en France doivent ainsi être confinés pour un horizon qui dépasse 40 générations. En dépit des conditions de sécurité déployées à La Hague ou Marcoule, il est manifeste qu'une telle activité est incompatible avec le principe de développement durable tel qu'il a été énoncé par Gro H. Brundtland en 1987.

    Quant à la question de la spécialisation à l'export de la France dans un secteur  forte valeur ajoutée, elle n'est pas dénuée de fondements. S'il est légitime que les Etats défendent leurs champions nationaux (conformément aux prescriptions de List en 1841), il est tout à fait imaginable que la France se spécialise dans le démantèlement des centrales et réalloue les fonds octroyés au développement de l'EPR aux énergies renouvelables (solaires, éolien, biomasse notamment) qui sont aussi des secteurs à forte valeur ajoutée.

    Il demeure le problème du nucléaire militaire. Selon une conception réaliste des relations internationales (au sens de la Realpolitik de Morgenthau), la stabilité politique du monde dépend encore de cette technologie. La pax atomica de la Guerre froide repose toujours sur un équilibre de dissuasion mutuelle. Le renoncement à l'arme nucléaire fragiliserait l'Europe en sapant l'autorité de la France et du Royaume-Uni au Conseil de sécurité de l'ONU.

                                                                             *

    Par conséquent, je crois nécessaire de distinguer le nucléaire civil du nucléaire militaire. Si les centrales méritent selon moi d'être arrêtées d'ici vingt ou trente ans, il me semble en revanche que l'horizon temporel n'est pas le même en ce qui concerne l'armement nucléaire.

 

 

 

A lire également sur ce blog : quelques conseils méthodologiques concernant l'analyse de situation

Vous pouvez également vous référer au blog http://methodologie-concours.over-blog.com  

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  • : Prépa ENS Spé du lycée La Martinière Duchère à Lyon. Formation publique en 1 an post bac+2, préparant aux concours administratifs, aux concours des écoles de commerce (admission niveau master) et à l'Ecole Normale Supérieure.
  • : Ce bloc-note électronique vise à accroître la notoriété de cette classe prépa. Il ouvre un espace d'échange entre les anciens élèves, les étudiants en cours de formation et l'équipe pédagogique. Il se donne également pour objectif d'éclairer les uns et les autres quant aux perspectives de concours qui s'offrent à eux.
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