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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 17:53

Disparité homme/femme, discrimination ou préférence ?

Synthèse rédigée par Manon Julien, étudiante en CPGE ENS Spé

Quelle est la situation française en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes ?

  1. Dominique MEURS, Professeur de sciences économique Paris Ouest.
  1. La persistance de l’inégalité des salaires entre les Hommes /Femmes…

Les inégalités de salaires restent stables, entre 1996-2010 elles sont restées autour de 80%.

Alors que les femmes étudient plus (à 20 ans 50% des filles sont en études supérieures en 2011), dans les années 1990 il y avait déjà plus de filles que de garçon dans les études supérieures. Elles participent de plus en plus au marché du travail, à un taux de temps partiel stabilisé (85% de femmes) et font face aux mêmes risques de chômage que les hommes. En effet, la montée du taux de chômage est parallèle pour les 2 genres. Les écarts se sont resserrés entre le taux de chômage des hommes et des femmes de 1975 à 2012.

  1. …Provient essentiellement de ségrégations professionnelles, elles-mêmes liées aux contraintes familiales

- Moins de femmes dans les emplois qualifiés en France en 2010. Les femmes occupent 62% des emplois non qualifiés et 51% des emplois qualifiés dans les professions intermédiaires. Enfin 39% des emplois de cadre sont occupés par des femmes.

- Elles sont plus souvent dans les entreprises plus petites et moins rémunératrices.

- A entreprise et poste donné, très peu d’écart mais : positionnement défavorable dans la grille hiérarchique, plafond de verre (Albrecht) et plancher collant (Booth 2003). Quand elles progressent leur salaire augmente moins que celui d’un homme.

Les femmes travaillent dans des plus petites structures que les hommes et ont moins accès au sommet hiérarchique.

Facteurs de la ségrégation :

  • Comportement des employeurs : discrimination goût, discrimination statistique (la femme adopte un comportement différent que l’homme parce qu’elle sait qu’il y aura très certainement une interruption de carrière dûe à une grossesse)
  • Comportement de l’offre de travail (arbitrage de la femme avec les horaires de travail)
  • Interaction entre les 2 (prophétie auto-réalisatrice)

Au cœur des arbitrages vie professionnelle / vie familiale : les soins aux enfants :

  • Répercussion des naissances sur la vie professionnelle :
    • Aménagement d’horaire, temps partiel, interruption de carrière pour les mères
    • 39% des mères déclarent un changement après la naissance de leur premier enfant, contre 6% des pères.
  1. Le congé parental du père un moyen de favoriser l’égalité domestique ?

Aspiration des parents, malgré les effets négatifs sur les carrières.

  • Partager le congé avec le père : essor récent, surtout pays nordique (en France, la loi promulguée en 2013 fait du congé parental paternel le 3ème pilier avec 6 mois réservés au père, perdus si non pris)
  • Effets recherchés :
    • Court terme : diminuer les interruptions de carrière des femmes.
    • Moyen terme : augmenter la part des pères dans les tâches domestiques.
    • Long terme : changer les mentalités y compris dans les entreprises.

Conclusion : on est arrivé au plus difficile car on touche maintenant aux normes sociales, qui sont longues à faire évoluer. Le congé parental pour les pères pourrait être un levier possible pour faire évoluer les mentalités.

  1. Cécilia Garcia PENALOSA, directrice de recherche au CNRS

Les hommes gagnent un quart de plus que les femmes si l’on compare au revenu salarial annuel moyen.

Ces inégalités salariales substantielles sont expliquées par la durée du travail, temps partiel (salaire horaire faible) qui explique 11% de la différence. Ainsi que la différence dans le type de poste/secteur qui explique 7%. Cependant, 6,3% sont non expliqués, dû à aucune différence, c’est cette partie qui est la discrimination.

A. Discrimination

Elle est extrêmement difficile à expliquer :

-La part non expliquée est principalement due à l’impression des données.

-L’écart disparait presque totalement avec des données suffisamment précises.

Les efforts pour identifier la discrimination se sont donc focalisés sur le recrutement et la promotion.

B. Identification de la discrimination

Etudes sur la discrimination à l’embauche :

  • Discrimination contre les femmes dans les années 1970-80 dans les orchestres aux USA avec une audition « à l’aveugle » des jurys. Ils n’avaient aucune indication sur le sexe de la personne qui jouait. Plus de femmes que d’hommes auraient étaient sélectionnées, ce qui montre l’ampleur de la discrimination.
  • Les études récentes trouvent de la discrimination seulement pour les femmes jeunes sans enfant.
  • Rôle des anticipations et stéréotypes.

Etudes sur les promotions :

  • Candidates et candidats ont le même taux de promotion (pour des métiers bien précis). Mais les femmes sont moins souvent candidates. Pas d’évidence de discrimination dans la promotion, car les choix des femmes sont différents et liés à l’auto censure.
  • Aspects comportementaux essentiels.

C. Quelles politiques pour réduire la discrimination ?

Il faut prendre en compte des considérations :

-Le faible rôle de la discrimination implique que les lois sur l’égalité sont insuffisantes.

-Les politiques doivent se focaliser sur :

  • Les anticipations dues aux stéréotypes :
    • Visibilité, sensibilisation, utilisation limitée des quotas.
  • La répartition des activités domestiques :
    • Inciter au partager des congés de parentalité et améliorer leur prise en charge, respecter les préférences individuelles de chacun.
  • Les incitations économiques :
    • Le système socio-fiscal : impôt sur le revenu (suppression du quotient conjugal) effet positif sur la participation des femmes.
    • Droits familiaux de retraite (dispositifs peu adaptés à l’évolution de l’emploi).

Ainsi, une intervention publique pour casser le cercle vicieux et le stéréotype est indispensable. Cette intervention serait couteuse mais le coût serait plus faible que les avantages dans le futur.

  1. Mario PIACENTINI, économiste à la direction de statistique de l’OCDE

Les données montrent des différences évidentes de genre dans le taux d’entrepreneuriat et dans la performance de l’entreprise. Elles s’expliquent par :

  • Imperfections du marché, discrimination, contraintes de genre.
  • Différences de comportements et d’attitudes entre les femmes et les hommes.

Taux d’entrepreneuriat : les femmes représentent une proportion assez faible 15 à 30% des travailleurs indépendants ayant des salariés. Dans la plupart des pays, ce pourcentage ne progresse pas sensiblement.

Rémunération de l’entrepreneuriat : les femmes qui travaillent à leur propre compte ont des revenus nettement inférieurs à ceux des hommes. Hormis pour les pays nordiques. Nombre d’heure de travail inférieur pour les femmes.

Taille de l’entreprise : la part des grandes sociétés détenue majoritairement par des femmes est très faible (en France 8%).

  1. Explication de la ségrégation à différents niveaux
  • Sectoriel : les écarts de productivité selon que les entreprises soient gérés par des hommes ou par des femmes diminuent si l’on tient compte des différences de l’intensité capitalistique et du secteur économique mais ils restent significatifs.
  • Expériences managériales: le taux de survie de l’entreprise est plus faible pour les femmes créatrices d’entreprises. Les hommes créateurs d’entreprise ont plus d’années d’expérience dans la gestion de l’entreprise avant sa création. Cette expérience est fondamentale pour la survie de l’entreprise.
  • Disponibilité de temps: minute de travail /jour. Le temps de travail des travailleurs indépendants diminue avec la naissance d’un enfant pour les femmes, mais augmente pour les hommes.
  • Accès aux réseaux sociaux : la grande majorité des cadres dirigeants des sociétés de capital-risque sont des hommes (70% au moins 100% en Corée au Japon). Club fermé, influence sur la croissance
  1. Différences d’attitudes et de préférences.
  • Moins de femmes que d’hommes préfèrent exercer une activité indépendante s’ils avaient la possibilité de choisir (En France 44% d’homme et 37% de femmes)
  • Les femmes entrepreneurs sont plus réticentes à prendre des risques que les hommes (preuves pas concluantes)
  • Croissance et profit ne sont pas toujours prioritaires chez les femmes entrepreneurs.

Conclusion : plusieurs facteurs contribuent à déterminer la persistance des différences de genre dans l’entrepreneuriat. Les différences ne sont pas uniquement liées aux différences de comportement entre genres mais aussi des contraintes plus sévères pour les femmes entrepreneurs. Les politiques ont un rôle essentiel à jouer pour diminuer les contraintes.

  1. Marie Claire VILLEVAL, directrice du Groupe d’Analyse et de Théorie Economique (GATE)

Lors d’une expérience de laboratoire, la dimension comportementale face à la compétition est observée entre les hommes et les femmes. Par groupe de quatre individus, ils ont le choix entre 2 modes de rémunération pour les tâches qu’ils effectuent :

-rémunération à la pièce (à la performance absolue) : xx€ par bonne réponse

-rémunération en compétition (à la performance relative)= xx€ par bonne réponse si le sujet à réaliser une meilleure performance dans son groupe de 4, sinon 0€.

La performance moyenne est identique entre les hommes et les femmes mais le mode de rémunération choisit est différent. Les hommes préfèrent la rémunération à la performance relative et les femmes, qui ne veulent pas être comparées, préfèrent la performance absolue. Mêmes les femmes les plus compétentes ne vont pas choisir la compétition.

La différence de compétitivité explique près de 20% la différence de choix des filières éducatives scientifiques selon les genres (d’après une étude menée sur des étudiants hollandais à leur entrée au lycée, les garçons choisissent plus la filière scientifique que les filles).

A. Pourquoi les femmes sont-elles moins compétitives ?

-Moindre appétence des femmes pour les risques (exemple : les femmes choisissent les loteries les moins risqué à l’inverse des hommes)

-Une moindre confiance des femmes en leurs capacités. Prédiction du rang dans le groupe de 4, 75% des hommes se pensent les meilleurs contre 42% pour les femmes. Même les femmes qui pensent être les meilleures choisissent moins la compétition que les hommes.

B. Est-ce naturel ou culturel ?

La nature joue lorsque la même expérience est conduite à divers moments du cycle ovarien. Les femmes dans la phase hormonale basse du cycle (2-7 jours) ont une probabilité de choisir la compétition de 16% inférieur. Cependant, la nature n’explique pas tout :

La même expérience est menée dans des sociétés patriarcales comme les Masaï au Kenya. Dans cette population, les garçons choisissent 2 fois plus la compétition que les filles. Alors que dans les sociétés matriarcales, notamment en Inde, les filles choisissent plus la compétition.

Conclusion :

  • Les disparités sur le marché du travail persistent alors que le niveau d’éducation des femmes dépasse celui des hommes.
  • Les femmes ont moins de confiance et des préférences différentes face à la compétition.
  • Ces préférences différentes ont des origines biologiques, évolutionnaires et culturelles.
  • Reconnaitre ces différences peut guider l’action politique (lutte contre les stéréotypes, quotas...)

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Prepa ENS Spé - dans JECO 2014
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  • : Prépa ENS Spé du lycée La Martinière Duchère à Lyon. Formation publique en 1 an post bac+2, préparant aux concours administratifs, aux concours des écoles de commerce (admission niveau master) et à l'Ecole Normale Supérieure.
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