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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 14:33

Synthèse rédigée par Hydris BESSA, étudiant en CPGE ENS Spé.

  • Antonin Aviat : Direction générale du Trésor – Affaires Européennes
  • Henri Sterdyniak : Directeur du Département économie de la mondialisation de l’OFCE
  • Vincent Giret (modérateur du débat) : Rédacteur en chef au journal Le Monde

I) Diagnostic

  1. L’Europe fragile

L’Europe est dans une situation difficile, un "marasme auto-entretenu" selon les propos de l’économiste Michel Aglietta. L’Europe se retrouve avec une insuffisance de la demande qui détériore la production. La raison de cette insuffisance est la baisse de l'investissement dans la zone euro (près de 20% de diminution entre 2008 et 2013).

Chaque pays a des intérêts différents, le compromis semble difficile. Lavision européenne est une vision à moyen terme. Depuis 2012 la coordination est insuffisante. Tous les Etats ont voulu faire de l'austérité en même temps causant ce marasme. De plus, il se dessine clairement un déséquilibre en matière de poids décisionnel dans la zone Euro. L’Allemagne serait le « bon élève » affaiblissant ainsi la puissance de la France et d’autres pays dans ce rapport de forces.

Montée de « l’euroscepticisme » et défiance des populations envers le projet européen. Parallèlement, essor des parties extrémistes et nationalistes jouant sur les difficultés européennes et dénonçant la non-souveraineté de l’Etat par rapport aux enjeux européens.

  1. La crise est l’origine de ce « marasme »

Selon Steve Ohana, il y a une fausse croyance autour de cette crise : celle de la dette publique trop élevée couplée à un manque de réformes. La crise a germé du fait de la compétitivité salariale de l'Allemagne. En effet les salaires n’ont pas suivi la hausse de la productivité allemande, ce qui lui a permis d’en tirer un avantage concurrentiel sur ses collègues européens. Dans le même temps, il y a eu un endettement des pays comme l’Espagne, l’Italie ou l’Irlande engendrant un problème de dette privée. L’Allemagne n’a pas voulu financer le déficit de ces pays. On se retrouve alors dans une crise d'endettement excessif conceptualisée par Irving Fisher dans les années 30. Les agents fortement endettés vendent leurs actifs financiers pour tenter d’éponger leurs dettes, mais ces ventes massives font baisser les prix, ce qui accroît la valeur réelle de la dette. Trois leviers sont mis en avant par Steve Ohana pour sortir de la crise de la dette : budgétaire, monétaire, leviers des banques.

La voie de la France n’est pas suffisamment entendue. Il est difficilepour l’hexagone d’entrer en conflit diplomatique avec l’Allemagne sous peine d’une crise franco-allemande ou même sous peine d’aggraver la situation sur le territoire français. L’Allemagne a imposé ses règles sur l’Espagne, l’Italie et la France selon Antonin Aviat. Il souligne l’exemple grec symptomatique d'une gestion des finances publiques insoutenables. L'idée que les finances publiques sont l'origine des maux s’est ainsi constituée. Une confirmation de façade car derrière se cache de réels déséquilibres économiques avec une différence de compétitivité. Il faut revenir sur l'ensemble des outils de gestion de crise : le cadre et les règles des finances publiques ont été améliorées (renforcement de la gouvernance des finances publiques). Il y a un essai de coordination des finances publiques avec Bruxelles. Michel Aglietta affirme que nous sommes dans une gouvernancede théorie des jeux, qu’il faut penser à matérialiser un "chef dans la zone euro" et ne pas se retrancher derrière des frontières nationales.

Il faut faire émerger des institutions légitimes pour juger des politiques nationales

II) Solutions

  1. Création de nouvelles instances

Michel Aglietta : Il n’y a aucune contrainte sur les pays excédentaires,aucune capacité à faire un ajustement réciproque qui ne soit pas déflationniste. L’union bancaire est devenue une nécessité. Les gouvernements sont dans l’optique de garder l’euro envers et contre tout. Il faut repenser l'ensemble de la Zone Euro en ayant à l’esprit des normes permettant une consolidation budgétaire. Baisser les dettes publiques en 3 ou 5 ans est impossible pour tous les pays.

  • Un est réellement indispensable. Des investisseurs privés seraient complémentaires avec l’investissement public, enclenchant de fait, un effet multiplicateur. Il faut un programme européen, financé par les acteurs privés, une intermédiation financière : un fond européen d'investissement dans la BCE capitalisé par l'ensemble de l’Europe. Le déplacement du budget européen en faveur de l'investissement est nécessaire. Cet intermédiaire pourrait permettre le financement des infrastructures. Une intermédiation financière nouvelle semble indispensable dans la reprise de l'investissement.

=> Réaliser au niveau budgétaire ce que nous avons concrétisé au niveau monétaire : une instance fédérale. Ce plan budgétaire travaillerait selon la situation de chaque état et bénéficierait d’une vue d'ensemble avec une évaluation aux sommets européens et par les parlements nationaux.

Il y a tout de même pour Mr Aglietta une remise en cause de l'euro possible par une montée du nationalisme.

  1. Vers une sortie Possible de l’euro ?

Pour Henry Sterdyniak, la zone Européenne ne peut pas être gouvernée : on ne peut pas avoir une monnaie commune entre des pays différents. La zone euro doit avoir des mesures précises entre pays (mesures de coordination et non pas de solidarité). Le problème est que les règles mises en place (3% du PIB, 60% de déficit..) ne sont pas respectées.La zone euro n'est pas gérable car il y a des divergences totales avec l’opinion allemande.

L’Europe est dominée par une technocratie libérale, qui impose au peuple des réformes structurelles que le peuple ne souhaite pas. L'Europe est anti-démocratique et inefficace.

Exemple : Le conseil des finances publiques constitué de magistrats de la cour et coincé par des accords budgétaires signés après la crise par la France et l'euro. Pour respecter l'accord il faudrait prendre des solutions restrictives.

=> Il faut réfléchir en profondeur sur la façon de gérer la zone euro et parvenir à une opinion commune. Tant qu'il n’y aura pas cette rupture, il faut refuser le fédéralisme qui va vers plus de libéralisme.

Henry Sterdyniak s’oppose à la monnaie commune, et présente trois solutions

  • Laisser la France subir des solutions proposées par des technocrates (BCE) ou quelques politiques sans consulter les citoyens ?
  • Dislocation de l'Euro: les pays seront alors confrontés à leur individualisme. L'euro est un élément de déresponsabilisation. Les pays du sud retrouveront de la compétitivité. Toutefois les contreparties seront trop grandes et il y aura une rupture à l'échelle de l’Europe.
  • Il faut faire pression sur les pays où les salaires n'ont pas suivi la productivité. Il faut une coordination ouverte des politiques économiques.

En somme, l’intervenant préconise une crise politique pour éviter crise sociale, économique.

Steve Ohana ne souhaite pas diaboliser la sortie de l’euro, mais la meilleure stratégie est de pouvoir montrer que la France est prête à pouvoir se séparer de l’Euro. Ainsi, elle gagnera en pouvoir de négociation.

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Prepa ENS Spé - dans JECO 2014
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