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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 14:34

Synthèse rédigée par Myriam et Sonia MAHDJOUB

Gilbert Cette

Professeur d'économie associé à la Faculté de Sciences économiques de l'Université d'Aix-Marseille II ; Directeur des analyses micro-économiques et structurelles à la Banque de France

Jean-Olivier Hairault

Professeur de sciences économiques à l'Université Paris 1 et à l’Ecole d’Economie de Paris

Pascal Mariana

Statisticien à l’OCDE

Xavier Ragot

Chercheur au CNRS ; Président de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques, Centre de recherche en économie de Sciences Po)

Katheline Schubert

Professeur d'économie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Introduction :

Les dévaluations fiscales et salariales correspondent à un thème d’actualité. L’arme du taux de change n’étant plus utilisable, les pays peuvent être tentés de chercher d’autres méthodes pour établir une compétitivité :

  • sortir de l’euro : ceci est difficile et le coût de mise en œuvre est important
  • faire une dévaluation fiscale : E. Farhi, P. Aghion, G. Cette et E. Cohen posent les bases solides de la dévaluation fiscale. Pour eux, il y a deux moyens de reproduire les mêmes effets que la dévaluation monétaire → imposer des droits de douane sur les importations et subventions à l’export : Keynes dans les années 30 avait déjà proposé cette hypothèse qui, aujourd’hui, est difficile à mettre en place.

→ augmenter la TVA et baisser les cotisations sociales

  • faire une dévaluation salariale : baisser les salaires ; très difficile

Nous avons donc ici une solution théorique. Mais comment l’appliquer en France ?

1. Les salaires et ajustements de salaire dans les pays de l’OCDE

L’évolution des salaires depuis la crise financière et économique mondiale et depuis la reprise :

→ Une des conséquences de cette crise est l’augmentation du chômage

→ Le chômage de longue durée se maintient à un niveau élevé

→ La persistance et la montée du chômage restent en grande partie conjoncturelles mais la dimension structurelle progresse. Le chômage structurel a augmenté dans les pays qui ont beaucoup été affectés par la crise. En France, c’est plus conjoncturel que structurel.

→ La croissance des salaires réels a stagné ; le ralentissement a beaucoup affecté l’Espagne et la Grèce ; conséquences sur le pouvoir d’achat des travailleurs.

→ Le ralentissement de la croissance des salaires réels a été généralisé parmi les salariés, laissant l’inégalité des salaires largement inchangée.

→ Que peuvent faire les pouvoirs publics par rapport à l’impact des salaires sur les travailleurs faiblement rémunérés ?

  • promouvoir une répartition plus équitable du coût de l’ajustement économique
  • respect d’un salaire minimum obligatoire
  • Mise en place de prestations liées à l’emploi pour les salariés faiblement rémunérés
  • Imposition plus progressive des revenus
  • Protection de l’emploi équilibrée.

Les ajustements de salaire et leurs rôles pour la relance du marché du travail :

→ L’ajustement des salaires pourrait jouer un rôle important pour la relance du marché du travail :

  • limite la persistance du chômage et sert de rempart contre le chômage structurel
  • la dynamique des salaires a une importance fondamentale pour le taux d’inflation, la croissance des coûts unitaires de main-d’œuvre et la compétitivité extérieure

→ Les ajustements de salaire aident à soutenir la compétitivité externe, mais ne peuvent, à eux seuls, permettre au marché du travail de se rétablir.

→ Cependant, la diminution des salaires réels pourrait nuire à la consommation ou à l’investissement. De plus l’ajustement des salaires a eu un impact sur l’évolution des coûts unitaires de main-d’œuvre : ils ont baissé mais il n’y a pas eu de modération des prix donc la dévaluation interne ne fonctionne pas.

2. Le rôle de la dévaluation

L’arme du taux de change n’étant pas disponible, la dévaluation fiscale est présentée depuis la crise comme l’une des rares options restant à la disposition des pays de la zone euro confrontés à la dégradation de leur compétitivité et au chômage. Il s’agit de baisser les charges sur les salaires afin de diminuer les coûts de production et de compenser les pertes de recettes par la hausse d’un impôt à l’assiette plus globale.

Sans dégrader la demande, il faut restaurer les conditions de l'offre compétitive. La dévaluation fiscale s'inscrit dans cette logique, dont les effets peuvent être rapides et nets, mais seulement transitoires. Progressivement, la dynamique des salaires et des prix entame les effets de la dévaluation pour les annuler à terme. Seules des réformes structurelles ambitieuses, en particulier sur les marchés des biens et du travail, sont susceptibles de créer les conditions d'une amélioration structurelle et pérenne de la compétitivité via les gains de productivité qu'elles suscitent. Les effets favorables de telles politiques structurelles se manifestent progressivement, d'où le besoin de réformes structurelles dont les effets plus progressifs prendront le relai.

3. Quel ajustement macroéconomique choisir dans une période de crise en France ?

On ne peut plus utiliser un taux de change pour la compétitivité. La France doit être compétitive en matière de coût de production et avoir des coûts salariaux qui ne sont pas déconnectés de la productivité du travail.

La dévaluation salariale correspond à un mécanisme naturel qui devrait se produire. Or, en France, du fait de la crise, il se fait difficilement. Il faudrait suppléer à ce manque de dévaluation salariale une dévaluation fiscale.

La dévaluation salariale peut passer par la réforme du salaire minimum, une modération des salaires pourrait suffire. C’est ce qui a été fait au moment de la désinflation compétitive dans les années 1982-1983 qui s’était traduite par un blocage des salaires. Aujourd'hui, politiquement et juridiquement, il est plus difficile de mener une telle reforme. De plus, l’effet serait modéré car l’inflation est faible.

Pour Gilbert Cette, la seule option de dévaluation qui demeure envisageable pour les pouvoirs publics en France est fiscale. La France y recourt sous la forme du CICE et du Pacte de responsabilité. Il s'agit de réduire le coût du travail pour améliorer la compétitivité et la situation financière des entreprises.

Lors d’une dévaluation fiscale on appauvrit les ménages résidents en France pour faire bénéficier des consommateurs étrangers des pays français de produits français moins chers.

Le gouvernement Ayrault a créé le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) dans le but de financer l’amélioration de la compétitivité des entreprises à travers notamment des efforts en matière d’investissement, de recherche, d’innovation.

  • Il ne s’agit pas réellement d’une dévaluation fiscale car cela touche des salaires d’économies protégées
  • Bonne politique tout de même car c’est une politique centrée sur les bas salaires et les SMIC.
  • Permet de mener une politique de l’emploi car la seule contrainte objective pesant sur les ajustements salariaux est l’existence d’un salaire minimum

Les politiques auxquelles la France a eu recours depuis 20 ans sont dues au fait qu’il n’y a pas eu de baisse d’ajustement par les salaires. C’est également car nous avons une politique sur le salaire minimum particulière par rapport au reste de l’Europe.

Le risque peut être grand. Les dévaluations n’ont que des effets transitoires si elles ne s’accompagnent pas de réformes structurelles visant à casser la boucle prix-salaire ou à augmenter notre productivité par des gains de productivité plus forts.

Aujourd’hui en France, on met en œuvre la dévaluation fiscale sans engager des réformes structurelles. On modifie de façon pérenne certains curseurs fiscaux pour des effets qui, eux, seront transitoires sans reformes structurelles. A terme, on se retrouve dans une situation comparable avec les problèmes présents avant la dévaluation fiscale.

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Prepa ENS Spé - dans JECO 2014
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  • : Prépa ENS Spé du lycée La Martinière Duchère à Lyon. Formation publique en 1 an post bac+2, préparant aux concours administratifs, aux concours des écoles de commerce (admission niveau master) et à l'Ecole Normale Supérieure.
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