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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 18:29

Conférence du 15 novembre 2014

Bourse du travail

Compte-rendu réalisé par Sonia et Sophia BOUAICHA, étudiantes en CPGE ENS Spé

Intervenants :

  • Anne – Laure BARRAL, journaliste à France Info spécialisée sur les questions climatiques.

  • Katherine SCHUBERT, professeur à Paris I

  • Roger GUESNERIE, professeur au Collège de France et président de l’École d’Économie de Paris.

  • Dominique CHAUVIN, prospectiviste, ancien conseiller de développement durable chez Total. Aujourd'hui à la tête du groupe de réflexion « Énergie – Climat » au sein du Think Tank Idées.

  • Franck LECOQ, ingénieur des ponts et chaussées à Agro Paris Tech, également directeur du CIRED (Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement).

  • Jean – François SOUSSANA, directeur scientifique environnement à L'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique).

Questionnements de cette table ronde :

  • Ces stratégies (d'adaptation ou de lutte) sont – elles opposables ou complémentaires ?

  • Faut – il s'acharner à essayer de faire réussir les négociations internationales sur le changement climatique ou s'adapter suffira – t – il ?

  1. Pourquoi une table ronde sur ce thème ? (Katheline Schubert)

Le problème de changement climatique est un problème à horizon court. Les stratégies de lutte contre le changement climatique, les négociations internationales, les instruments économiques peinent à se mettre en place. Il y a deux stratégies face au changement climatique: lutter ou s'adapter avec deux manières de s'adapter :

  • de façon spontanée au jour le jour ;

  • de façon coordonnée si l’État décide de mettre en place une adaptation en économie pour prévenir les dommages associés au changement climatique.

Avant de commencer, il est nécessaire de préciser la notion d'adaptation :

  1. L'adaptation peut apparaître comme étant un moyen moins coûteux que la mise en place de d'instruments de politiques économiques. Exemple : faire remonter les zones de culture face à la montée des eaux ne semble pas très cher.

  2. L'adaptation n'est pas sur la même échelle : l'adaptation c'est locale, alors que la lutte est globale / mondiale, on ne peut pas lutter seule.

  3. L'adaptation ne marche pas pour tout. L'adaptation est possible mais pas dans certains domaines (agricultures, infrastructures : déplacer les activités économiques du bord de mer si l'on pense que c'est dangereux) mais pas dans d'autres : comment s'adapter contre la perte de bio – diversité par exemple ?

  4. La temporalité : l'adaptation peut être vue comme quelque chose à court terme alors que la lutte est à long terme.

  1. L'approche générale de R. Guesnerie

Il y a 2 positions concernant le changement climatique :

  • arrêter tout effort d'atténuation / mitigation (c'est à dire lutter) et passer à l'adaptation ;

  • il faut tout mettre sur l'atténuation sans se préoccuper de l'adaptation.

Les deux positions ne sont pas raisonnables car l'atténuation et l'adaptation ne sont pas des substituts mais des compléments. Quel que soit le scénario auquel on va être confronté, il y aura des enjeux d'adaptation même si on fait une politique climatique (de lutte) rigoureuse => le choix d'une politique climatique est un choix global qui doit concilier adaptation et atténuation.

La réflexion sur l'adaptation est nécessaire mais ne dispense pas de faire des efforts sur l'atténuation. Il faut se rendre compte que le climat est un bien non marchand, non reproductible et rare : on a qu'une seule planète.

Le calcul économique de la politique climatique sert à savoir si la politique mise en place est faite à un coût économique acceptable (selon le principe de précaution). Ce calcul est réalisé en mettant :

  • d'un côté, les coûts de la politique climatique :

  • de l'autre, les avantages de la politique climatique (en tenant compte de ce que l'adaptation réduirait des inconvénients de cette politique).

Il y a deux dimensions au calcul économique :

  1. Dimension d'arbitrage inter temporelle :

  • Le problème climatique est un problème à horizon long (2100 – 2300), les générations actuelles doivent – elles faire des efforts pour éviter des problèmes auxquels seront confrontés les générations futures ? Selon Groucho Marx : « Pourquoi devrais – je me sacrifier pour les générations futures ? Ont – elles jamais fait quelque chose pour moi ? ». On parle donc d'altruisme intergénérationnel, c'est à dire laisser aux futures générations une terre vivable. Mais la raison économique est là : pourquoi ferait – on des sacrifices si nos enfants sont plus riches, plus rassasiés avec une croissance plus élevée ? Si l'on n'est pas altruiste, il n'y a aucune raison de faire des efforts pour eux.

  • D'où le calcul du taux d'actualisation pour faire cet arbitrage. Le taux d'actualisation donne la valeur actuelle de quelque chose qui va se passer plus tard. Plus ce taux est élevé, plus on sur valorise le présent sur le futur. Exemple : Si on a un taux d'actualisation de 6%, les politiques climatiques seront particulièrement peu rigoureuses. Alors qu'avec 1.4%, on mettra en place des politiques climatiques rigoureuses.

  1. Dimension d'incertitude :

  • Explications préalables : l'effet de base est l'effet de serre = une partie de l'énergie qui vient du soleil est piégée lorsque la concentration de gaz à effet de serre augmente. Il y a ensuite les rétroactions : étant donné un scénario de croissance des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2100, quelle va être la température sur la planète ?

  • Avec un scénario d'adaptation uniquement, en 2100, l'accroissement moyen de la température sera de 4 à 5 degrés => on peut dire que c'est peu. Mais il y 20 000 ans, il y avait 5 degrés de moins et tout le nord des USA, du Canada et de l'Europe étaient sous les glaces. Mais c'est une prévision : l'augmentation pourra être de 3°C comme de 7°C, on ne sait pas. C'est un argument contre l'action (on ne fait pas car on ne sait pas) mais c'est justement le premier argument pour l'action : ça pourrait être beaucoup plus grave, il faut agir maintenant.

Conclusion de R. Guesnerie : On ne joue pas à la roulette russe si on a de l'altruisme intergénérationnel. Une prise de conscience morale de l'humanité, et la mise en place d'une politique climatique rigoureuse sont nécessaires : c'est le meilleur cadeau que l'on puisse faire aux générations futures et dont elles seront reconnaissantes. Cela réconcilie la raison économique avec l'intuition écologique.

  1. L'approche énergétique du changement climatique par D. Chauvin

Il y a des enjeux climatiques et des enjeux énergétiques. Ces enjeux sont totalement imbriqués puisque le problème climatique est à l'origine dû à l'énergie. Il va donc falloir :

  • intégrer ces 2 enjeux pour avoir une compréhension commune ;

  • trouver une synergie entre une adaptation locale lorsque c'est nécessaire et la lutte à long terme par la recherche de solutions pour le climat.

Cela nécessite donc de l'entente, de la collaboration et du partage d'expérience.

Les climatologues ne peuvent émettre des certitudes sur le climat. Il y a cependant une acceptation sur le fait qu'il ne faut dépasser l'objectif de 2°C maximum de réchauffement. Mais le rapport de l'Outlook de l'AIE nous dit qu'apparemment, ce réchauffement serait plutôt autour de 3,6 °C.

Types d'énergies : Il y a :

  • Des énergies primaires, fossiles et qui historiquement ont contribué aux émissions de CO2 (charbon, pétrole, gaz) ;

  • Énergies finales : énergies dont la société a besoin et dont elle ne peut se passer ;

  • Énergies utiles : celles dont on a vraiment besoin : chaud, froid, mobilité, travail.

Vecteurs énergétiques : transportent l'énergie et la transforment. Dans cette dernière fonction, il y a un enjeu majeur car il y a les processus industriels pour opérer cette transformation d’énergie émettant des gaz à effet de serre. A une époque où tout le monde se plaint de la désindustrialisation de la France, il y a dans la fabrication de l'énergie nécessaire, un vaste champ économique. Dès lors, on entre dans un processus industriel tout à fait vertueux pour lequel il faut dégager une économie => cercle vertueux.

Plusieurs vecteurs :

  1. Le vecteur électricité : permet d'obtenir chez soi de l'électricité de façon pratique. Exemple : la voiture électrique est une extension mutante du vecteur car permet d'avoir accès à toutes les énergies primaires : vent, soleil, hydraulique, gaz, pétrole, charbon. La voiture électrique marche aussi avec le charbon car l'on fait de l’électricité avec du charbon. On pourrait dire que ce n’est pas forcément écologique. Mais c’est en fait comparable avec le pétrole en termes d’émission pour la mobilité. C'est une première transition énergétique : le client final est déculpabilisé. Exemple : au lieu d’utiliser une énergie primaire dans nos voitures, on pourrait avoir de l'énergie finale (l'électricité) et reporter la question des émissions de gaz à effet de serre vers les industriels. Ces derniers peuvent dialoguer avec le gouvernement pour baisser les émissions.

  2. Vecteur gaz : Les réseaux de « pipes » que possèdent GDF et GRDF permettent de transporter du gaz. C'est grâce à ce réseau que la France a pu découvrir une nouvelle énergie primaire : le biogaz. Cette nouvelle énergie est beaucoup plus intéressante que le gaz de schiste car c'est immédiat alors que le gaz de schiste ce ne sera pas avant 10 ans.

Conclusion de D. Chauvin : L'énergie a peut-être été le problème qui a causé le changement climatique mais elle renferme la solution d'aujourd'hui. Le changement c'est maintenant non pas pour les générations futures.

  1. L'approche coûts – conséquences de F.Lecoq

L'adaptation :

  • est très variée. Cela passe par la pose de digues pour protéger les zones côtières à des politiques de santé (car il y a des vecteurs de maladies à cause de la hausse des températures) ;

  • se fait au fil de l'eau : on s'adapte après constat ;

  • est anticipative : on essaye d'intégrer le changement climatique de demain dans les décisions d'aujourd'hui, sous incertitude. Exemple : un forestier sait que le climat va changer mais il doit planter ses arbres : donc il fait le choix du type d'arbre, de plantation sous incertitude => adaptation anticipative. Il y a une possibilité d'erreur, une mal adaptation car il faut faire un choix, malgré l'incertitude sur le climat futur.

Aspect systémique de l'adaptation : concerne les décisions sur la localisation des individus et/ou les activités économiques sur le territoire. Exemples : Si la pluviométrie diminue et la température augmente dans une zone, alors l'agriculture à LT est limitée donc on change de localisation pour cette activité. Ou encore si une zone côtière est menacée, on remonte un peu plus en hauteur les agglomérations. => Ce ne sont plus des changements à la marge mais systémiques.

Adaptation et mitigation (lutte) : Sont présentées comme deux termes opposés alors qu'ils sont complémentaires. Mais il y a des différences entre les deux :

  • Notion de risque : Si on réduit les émissions de gaz à effet de serre, on réduit un petit peu tous les risques liés au changement climatique dans le monde. Quand on s'adapte, c'est pour un risque particulier dans une région particulière.

  • Notion de coût : La recherche économique sur le prix de l'adaptation a très peu de réponses : c'est un domaine complexe et nouveau (rapport du GIEC : peu d'éléments). Il y a des controverses sur les coûts d'adaptation et ses bénéfices même dans les domaines les plus étudiés (agriculture).

Instruments et nature de l'intervention publique : Quelle est la légitimité économique de l'intervention publique dans le cadre de l'adaptation ?

Lorsqu'on réduit les émissions de gaz à effet de serre, on produit un bien public, la qualité du climat. Ces biens publics ne sont pas produits en quantité suffisante par le marché donc il faut mettre en place une politique d'atténuation. Exemple : un prix sur l'externalité d'émissions de gaz à effet de serre.

C'est différent pour les politiques d'adaptation : quand on s'adapte on produit un bien à caractère privé au sens où l'on peut en capturer les bénéfices. Exemple : il fait plus chaud, on isole mieux la maison, c'est nous bénéficions de cette adaptation. Dans ce cadre, il n'y a pas de raison particulière pour que la puissance publique intervienne.

Raisons pour lesquelles, dans certains cas, l'intervention publique est justifiée:

  • L'information : des informations concernant l'évolution du climat, du type de risques. Mais la production de cette information n'est pas simple. Dispositif de surveillance sanitaire : celui des forêts, c'est aussi un dispositif public qui donne de l'information et qui donne aux agents (ici aux forestiers) de l'information sur les risques.

  • Coûts : lorsqu'on décide de ne pas s'adapter, il y a un coût pour ces personnes mais aussi un coût collectif important. Exemple : si on construit une maison sur une zone inondable, la maison est emportée, il y a un coût pour la société en termes de santé. Ce coût collectif peut amener à la mise en place de politiques.

  • Point de transfert et d'équité : si un certain nombre d'agents, de secteurs économiques dans leur ensemble souffrent du changement climatique, la collectivité peut décider de compenser partiellement.

Conclusion : Cette question d'adaptation au changement climatique a 20 ans de retard, en termes de recherche, par rapport à la réduction des émissions. On se rend compte que de toute façon quel que soit le succès des politiques climatiques, il faudra faire de l'adaptation.


  1. Situation actuelle, future et éventuelles solutions selon J.F Soussana

Remise en perspective du débat sur l'adaptation et l'atténuation : Les impacts du changement climatique sont observables dès aujourd'hui. Nous avons une responsabilité historique : nous sommes la première génération à avoir établi l’existence d'un changement climatique global mais nous sommes aussi la dernière génération qui a la possibilité de limiter ces impacts.

Que vivons-nous ?

  1. Des impacts très importants de la variabilité climatique, du au changement climatique. Ce ne sont pas simplement des risques pour l'avenir mais des impacts dans le présent. Exemples :

  • Des inondations exceptionnelles dans des zones de delta qui peuvent toucher des paysans qui cultivent du riz au Bangladesh. Des éleveurs qui ont des mortalités très importantes de leur cheptel (20 à 60% en Afrique sub-saharienne au cours d’événements récents) ;

  • Effets observés sur les écosystèmes avec le blanchiment des coraux (attribué pour partie au changement climatique), les dépérissements forestiers (généralisés dans le monde et attribuables au réchauffement climatique) ;

  • Impacts sur l'agriculture : un impact négatif de l'ordre de 2% par décennie pour le blé et 1% par décennie pour le maïs au cours de la période des années 80 jusqu'à maintenant (Rapport du GIEC).


  1. Répercussion sur les prix mondiaux en agriculture : Exemple :

  • en 2010, en Russie avec + 10% par rapport aux moyennes saisonnières. La Russie a bloqué ses exportations pour conserver des stocks et les autres pays ont fait de même. Les prix agricoles sont remontés brutalement et sont toujours hauts aujourd'hui. Les événements climatiques ont un impact sur les prix. Derrière les prix il y a la capacité des populations pauvres à accéder à la nourriture. Des prix élevés augmentent la difficulté des consommateurs urbains pauvres et des petits producteurs ce qui augmentent l'insécurité alimentaire à cause d’événements climatiques, de manière indirecte.

Avenir ? On peut encore agir sur l'avenir mais que dans les 30 ans qui viennent, au-delà, il n'y a plus de marge de manœuvre. Le réchauffement de 1 à 2° est inévitable pour les années 2030/ 2040. Qu'est-ce que cela implique ? :

  • Pour la biodiversité, ce scénario tendanciel de + 4° en moyenne est un scénario inquiétant car pour rester à la même température, il faudrait se déplacer vers les pôles de 70 km par décennie => un trilèmne entre périr, s'adapter (génétiquement à très long terme) ou migrer mais la migration n'est pratiquement pas possible.

  • On va vers une perte de la biodiversité : les coraux en premier, puis une partie des forêts primaires (l'Amazonie)

  • Un impact sur les rendements agricoles à la fin du siècle qui sont alarmants : 80% des études donnent des impacts négatifs et 40% des études donnent une baisse des rendements de l'ordre de – 25%. Les petits producteurs vont être le plus impactés : 97% des fermes dans le monde sont familiales et produisent la moitié de l'alimentation mondiale en cultivant simplement 20% des terres.

Solutions :

  • Agriculture, forêts, usage des terres peuvent contribuer à la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Selon le GIEC, 20% à 60% des réductions qui peuvent être obtenus par de la bio- énergie, par une meilleure gestion des forêts ;

  • Réductions des pertes et gaspillage alimentaires : changement des modes de consommation en revenant aux normes nutritionnelles ;

  • Changements systémiques : avec l'agro-écologie qui consiste en la transformation des systèmes ayant pour but de mieux se servir des potentialités des régulations dans les écosystèmes. Exemple : agroforesterie en région tropicale est une piste sérieuse car on stocke du carbone en plantant des arbres et en mémé temps on crée un microclimat qui va protéger la strate des cultures par rapport aux effets des vagues de chaleur ;

  • Pour la biodiversité il faut travailler sur les corridors écologiques en permettant aux espèces de se déplacer => mais dans la plupart des cas, cela ne va pas pallier les effets majeurs que l'on observera ;

  • Reconsidérer le système et l'intégration agriculture – alimentation – énergie.




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Prepa ENS Spé - dans JECO 2014
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  • : Prépa ENS Spé du lycée La Martinière Duchère à Lyon. Formation publique en 1 an post bac+2, préparant aux concours administratifs, aux concours des écoles de commerce (admission niveau master) et à l'Ecole Normale Supérieure.
  • : Ce bloc-note électronique vise à accroître la notoriété de cette classe prépa. Il ouvre un espace d'échange entre les anciens élèves, les étudiants en cours de formation et l'équipe pédagogique. Il se donne également pour objectif d'éclairer les uns et les autres quant aux perspectives de concours qui s'offrent à eux.
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