L'entretien collectif, voilà une épreuve qui inquiète les candidats à l'ESC Rennes Business School, car il n'existe pas de préparation académique, de méthode officielle. Tout au plus, nous nous
efforcerons sur ce blog de vous livrer quelques conseils.
En premier lieu, rappelons la nature de ces épreuves orales d'admission.
A l'EM Strasbourg, jusqu'à l'année dernière, après 20 minutes de préparation, 5 à 6 candidats (parfois plus) se retrouvaient pour engager pendant 40 minutes une réflexion collective sur un thème
de société (tiré ou non de l'actualité internationale) ou une situation d'entreprise. Par exemple, en 2011, un groupe s'est vu remettre un article de journal donnant l'avis du financier Warren
Buffet concernant les modalités de financement du déficit public américain et le rôle de la Federal Reserve en la matière.
A l'ESC Rennes, il s'agit pour les 5 candidats, pendant les 60 minutes imparties, de réaliser un travail collaboratif à partir d'un sujet, sachant que chacun des candidats se présente brièvement
en début d'épreuve (6 minutes par candidat) en insistant sur deux éléments essentiels de son CV ou plus généralement, sur deux expériences personnelles marquantes. En 2011, par exemple, il a été
proposé à un groupe de concevoir les modalités de formation de douze commerciaux ne parlant pas la même langue, en les associant au sein d'équipes qu'il fallait par ailleurs baptiser. Autre
illustration: 10 images ont été soumises aux candidats; il leur appartenait de les séquencer et d'imaginer collectivement une histoire autour de ces vignettes.
A présent, voici quelques conseils.
Nous recommandons aux candidats d'être attentifs aux prénoms des autres candidats lorsque ces derniers se présentent (voire de tenir compte des compétences
qu'ils auraient pu faire valoir lors de cette même présentation). Il sera en effet très apprécié que vous puissiez d'emblée appeler chaque participant par son nom ou assigner des tâches aux uns
et aux autres en fonction de leurs aptitudes. Pour ceux qui redouteraient une défaillance de leur mémoire à court terme, notez sur un papier (que vous aurez
au préalable glissé dans votre veste avec un stylo) les prénoms de chacun, en veillant à respecter la configuration de la table pour éviter les éventuelles inversions.
Faut-l parler le premier pour s'affirmer aussitôt comme le leader du groupe? Méfiance. Votre précipitation, trop manifeste, risquerait de révéler votre aspiration évidente au leadership. Pour peu
qu'un autre candidat fasse de même, vous allez vous retrouver face à un problème d'ajustement mutuel, un peu comme deux personnes qui marchent en sens opposé du même côté du trottoir et ne
parviennent pas à décider qui laisse passer l'autre... Aussi, lors du lancement de l'épreuve collective, nous vous conseillons de compter intérieurement jusqu'à trois. Si personne n'est intervenu, vous débutez l'échange, sinon, pas de regrets, il y a d'autres stratégies que nous allons ici dévoiler.
Si vous êtes effectivement le premier à parler, abordez le problème posé de manière large et pragmatique, en reformulant la consigne par exemple et en rappelant le temps imparti (pour montrer que
vous êtes soucieux de parvenir à un résultat avant la fin de l'épreuve), puis donnez d'emblée un cadre au travail collectif (ex. "cernons les différents objectifs, puis recensons les
contraintes.) Ensuite, cédez vite la parole : "Qui souhaite s'exprimer sur la question des objectifs?")
Si vous n'êtes pas le premier à parler et que plusieurs prétendent manifestement au leadership, proposez très vite, pour garder une trace du travail collectif, d'attribuer à l'un d'entre vous une
fonction de secrétaire de séance. Evidemment, les leaders auto-proclamés refuseront cette tâche subalterne. Proposez alors de la réaliser vous-même en
indiquant d'emblée que, sur la base de vos notes, vous proposerez à tous en fin de séance une synthèse du travail effectué. Vous n'avez pas été le premier à parler, en procédant de la sorte, vous
vous assurez que vous serez le dernier!
Vous avez encore manqué le coche. Ne restez pas passif, ne vous contentez pas d'acquiesser aux propos des uns et des autres. Vous avez deux possibilités : soit vous adoptez la posture du
conciliateur (qui alloue la parole -y compris à ceux, timides, qui ne parviendraient pas à s'exprimer ex. "Nous n'avons pas eu l'occasion d'entendre la
position de untel, que penses-tu de la situation?") ou celle de l'observateur actif (qui fait le point régulièrement -ex."J'ai écouté avec attention ce que tu
as dit..." et rappelle aux uns et aux autres que le temps passe et qu'il reste des tâches à accomplir ex. "à ce stade, nous avons focalisé notre attention sur..., n'oublions pas que dans les dix
minutes restantes, il nous faut aussi décider de...").
Attention. Ne jugez pas votre prestation à l'aune de la qualité, sur le fond, de vos contributions. Celui qui adopte l'attitude de contributeur n'en
ressortira qu'avec une note moyenne (si la dynamique de groupe fonctionne), mauvaise (si la discussion a tourné au vinaigre.) Les membres du jury s'intéressent à la forme et à votre capacité à
impulser une dynamique de groupe positive.Le meilleur moyen d'y parvenir est de ne pas considérer les autres candidats comme ses adversaires...
Nombre de candidats pensent qu'il faut à tout prix s'imposer lors de ces épreuves. Le leader autoritaire va chercher à accaparer la parole et l'attention,
n'hésitant pas à interrrompre les autres candidats, à les contredire vertement en cas de désaccord. Plein d'assurance, il réussit toutefois à faire valoir ses idées, ce qui est une marque
d'autorité, mais au prix de frustrations chez les autres participants. Il arrive parfois que la discussion tourne au pujilat; il en sera alors tenu pour responsable par les membres du jury.
Que faire si un candidat monopolise le temps de parole?
Dans un premier temps, intervenez aimablement. ex. "Tes idées sont excellentes et je te remercie de contribuer ainsi au débat. (Tournez-vous vers le secrétaire de séance) Tu as bien noté cet
élément dont il vient de parler? (Ou si vous êtes le secrétaire) J'ai bien noté que tu envisageais..." Puis attribuez à un autre que vous-même la parole (pour montrer votre magnanimité.)
S'il ne tient pas compte de votre intervention, n'hésitez pas à faire montre de fermeté et faites en sorte qu'il prenne consience du ridicule de sa démarche. "Bon, Jean, voilà 5 minutes que nous
t'écoutons. Nous sommes réunis pour réaliser un travail collaboratif. Il me semble que tu dois accorder un minimum de considération aux autres participants. Qu'en penses-tu?"
Une dernière sitaution mérite d'être évoquée. Si une dispute survient, il vous appartient de jouer le rôle de médiateur et de ramener les protagonistes vers l'objectif premier. Pour cela, il faut marquer d'une manière ou d'une autre son autorité sans agressivité (au risque d'entrer soi-même dans
dans une discussion houleuse), sans hausser le ton. Ne sollicitez pas l'aide des membres du jury, ne les cherchez pas des yeux, évitez également d'entamer des
discussions connexes avec les participants restants. Nous vous conseillons de vous lever pour vous imposer et d'affirmer clairement que vous proposez une courte interruption. (ex. "Je vous
interromps. Cette dispute ne nous fera pas avancer; nous campons sur nos positions. Cherchons plutôt ce qui nous unit, nous travaillerons ensuite sur ce qui nous oppose.")
Bref, il faut savoir se montrer à l'écoute, spirituel, ferme au besoin, ramasser ses interventions, critiquer les propositions des autres (en insistant sur ce qui est positif)... et ne pas perdre
l'objectif de vue. Dans tous les cas, ne soyez pas scolaire. Jouez-le jeu. Ne soulignez pas le caractère artificiel de la situation.
Et sourire, enfin.